Parce que c'est celui qui est le mieux toléré par des membres indépendants que rebuterait la simple impression de ne pas disposer de toutes leurs capacités, de perdre un peu de leur pouvoir, de n'être plus unique dans son originalité. La suite a permis naturellement de donner une signification bien précise et plutôt substantielle au concept "Conférence nationale des Académies" et, par voie réglementaire à Lyon en 1991. Et cela d'autant mieux, que ce rassemblement, dans un espoir de progrès, bénéficie de la sollicitude de l'Institut et du passage au troisième millénaire, indiscutablement contraignant, sans parler de l'émulation engendrée par nos rencontres annuelles, quai de Conti ou dans un siège d'académie provinciale, en alternance.

Voilà donc nos 28 académies anciennes pluridisciplinaires rassemblées dans cette Conférence nationale : dire qu'il n'y a pas eu d'oubli serait sans doute prétentieux, quoique l'Institut ait lancé ses invitations, lors de la première rencontre, en toute connaissance de cause. Ce fut le cas de l'Académie de Montauban qui compte 250 ans d'âge. Sur l'intervention du président de la Conférence, elle a été représentée aux cérémonies du Bicentenaire. D'autres sociétés, portant le nom d'Académies, méritent peut-être de nous rejoindre, ou de se rapprocher de nous, d'une façon qui reste à définir, car sur bien des points mais sans doute pas sur tous, elles travaillent comme nous et se situent dans notre lignée : ainsi l'Académie de Mâcon, grande voisine de l'Académie de Villefranche, qui travaille bien et beaucoup.

Si l'avenir, pour nous, ne se présente pas - pas encore - sous la forme d'une fédération mondiale des Académies, nous espérons cependant développer notre recrutement, et adapter en conséquence notre structure et notre organisation. Après avoir fait entrer dans notre Conférence les Académies oubliées, ou de nous inconnues, qui pourraient y prétendre, nous essaierons de trouver le moyen de rapprocher de notre noyau dur les Compagnies ne répondant pas à toutes nos exigences, par exemple celles auxquelles il manqueraient une certaine ancienneté. Simultanément - nous avons déjà commencé - nous établirions des liens solides avec les académies régionales étrangères pour aller dans le sens d'une confédération européenne, en trouvant parallèlement notre place dans les grands organismes européens, notamment ceux qui comportent un volet culturel.

En ce qui concerne nos activités, nous tenterons de faire tous les deux ans le point en commun sur une question d'actualité dans laquelle la province et nos régions seraient plus spécialement concernées ou sur tout autre sujet général préoccupant. De façon plus égoïste, nous étudierons les problèmes communs à nos membres, et nous essaierons aussi de trouver des solutions adaptées au cas de chacun en utilisant les moyens et ressources de l'ensemble. Nous saisirons les opportunités de tous ordres pour rester dans le mouvement culturel et contribuer à son développement, sans oublier si nécessaire de prendre position collectivement et donner notre avis, émettre des vœux sur de graves questions, éventuellement en accord avec l'Institut. Et nous n'oublierons pas les recommandations de M. Maurice Druon à propos du combat pour la survie et la pureté de la langue dans nos régions : nous saurons être chez nous les champions fidèles, dévoués et actifs de la grande dame du Quai de Conti. Ce qui est tout à fait compatible avec notre idéal humaniste...
Edmond Reboul