Il existait depuis bien longtemps dans notre douce France, un grand nombre de sociétés savantes dont quelques unes portaient le titre flatteur d'Académie, conféré par Lettres patentes du Roi, comme ce fut le cas, de très bonne heure, en 1695, à Villefranche-sur-Saône, capitale et perle du Beaujolais. Ces académies, celles du moins qui ont survécu au couperet de la Révolution, vivaient ou vivotaient paisiblement sans trop s'occuper de leurs congénères, sinon, dans le meilleur des cas pour les inviter, en voisins et, dans le pire, pour les jalouser plus ou moins bruyamment. Finalement, à la suite d'un certain nombre de circonstances heureuses sur lesquelles nous reviendrons, elles ont décidé de se réunir au sein d'un groupement respectant leur personnalité, leurs statuts, leurs habitudes avec l'espoir naturellement de tirer profit de cette association, ce qui, nous le verrons, fut bien le cas.

Les fondateurs de la Conférence se sont tout de suite mis d'accord sur un certain nombre de critères caractérisant le profil de ses membres : une certaine ancienneté, - celles qui participèrent à la première réunion avaient été créées avant la Révolution - numerus clausus pour l'effectif de titulaires, pluridisciplinarité, (d'où la mention des Sciences, des Lettres et Arts dans le titre choisi) sélection soigneuse et élection (ou cooptation équivalente), travaux et publications régulières.

Qui peut en être membre ? Toutes les Académies répondant à ces caractéristiques. Le problème des Compagnies qui, quoique très sérieuses et réputées, ne remplissent pas toutes les conditions devrait être mis à l'étude, afin de voir comment on pourrait le résoudre. Il faut dire que les statuts adoptés sont très souples et permettraient éventuellement à un règlement intérieur de compléter, de préciser, et d'orienter les articles existants. Mais la Conférence est très jeune : il y a à peine dix ans que les statuts ont été adoptés et que le Bureau a été élu.

Créer une association nouvelle, fut-elle académique, quel intérêt ? Dans les villes et les régions concernées, on connaît la Compagnie locale qui fait occasionnellement parler d'elle, on sait qu'elle est spécifique, marquée par les lieux, par ses recherches, son recrutement, et l'originalité de ses sources et de ses rites. Quelles raisons de la rapprocher de ses semblables souvent éloignées, ayant des statuts et des particularismes très différents, même si un idéal, une activité et surtout un esprit commun président à la vie de toutes ? Ces raisons, pourtant, ne manquent pas.

La première, c'est peut-être la voix du sang : comme le rappelait, lors du 6eme congrès de la Conférence, à l'Institut, M. Maurice Druon, alors secrétaire perpétuel de l'Académie française, les académies provinciales les plus anciennes étaient, d'une certaine façon, non les filles d'un Institut qui n'existait pas, mais plutôt de l'Académie française.

Même dans les cas de jalousie et de rivalité entre Compagnies, ou de simple ignorance, ces Sociétés très spéciales se sentaient donc sœurs, correspondaient, échangeaient, et éprouvaient parfois l'envie de mieux se connaître, au moins entre voisines. A l'époque de la communication et du rétrécissement des distances, n'était-ce pas normal que de tenter de se rapprocher ?

De là à imaginer un rassemblement utile à tous, conférant à l'ensemble un pouvoir non négligeable, et d'abord au niveau de la représentativité, devenue nationale, mais aussi un trésor de sensibilités, d'expériences et de préoccupations communes, voire de différences enrichissantes, il n'y avait qu'un pas. C'est grâce à nos grands confrères parisiens qu'il sera franchi...

A la remise des grands prix de la Société des Poètes français, en 1987, j'eus la chance de rencontrer M. le Bâtonnier Albert Brunois, membre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, et M. Bernard Chenot, secrétaire perpétuel de la même Compagnie : je leur fis part de notre isolement, du peu de liens inter-académiques et de la vision floue que nous avions de l'Institut, admirable et admiré, mais à notre avis trop lointain. M. Brunois me laissa alors entendre que les choses changeraient à l'occasion de son année de présidence en 1989.
Ainsi se produisit la rencontre entre le désir confusément ressenti mais jusque là insuffisamment exprimé de la province, et l'intelligente volonté de l'Institut. Celui-ci, plus tard venu, mais parfaitement conscient des réalités et de ses responsabilités, va se souvenir peut-être de la première organisation prévue par la Convention, dont une disposition précisait que l'Institut national serait formé de "144 membres résidant à Paris et d'un égal nombre d'associés répandus dans les différentes parties de la République", mesure rapidement abandonnée : il prend en 1989 l'initiative de rapprocher de lui les Académies de province anciennes, et il les invite quai de Conti les 20 et 21 novembre, et tout va s'en suivre.

L'année suivante, nos confrères de Nîmes menés par M. le Pr. Bosc, réunissent les sociétés à caractère académique du midi de la France avec la participation active de M. Robert Henri Bautier de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. L'année suivante, l'Académie de Lyon, qu'alors je présidais, réunit autour d'une forte délégation des cinq classes de l'Institut, avec l'aide de la Ville et du Conseil Général, les Académies invitées deux ans plus tôt à Paris pour des séances de travail consacrées au concept d'académie et à la possibilité d'un rassemblement des compagnies-sœurs. Le principe d'une conférence nationale est adopté ; des critères sont définis et, dès lors, les rencontres se déroulent annuellement tantôt à Paris, tantôt en province et ce sont les Congrès de Marseille, où est adopté le principe de travaux en commun, puis de Rouen, où sont votés les statuts, ce qui permet d'élire un Bureau. Dès lors, l'avenir se présente bien et les Académies rivalisent pour obtenir leur place dans le calendrier des Congrès.

En résumé, l'Institut va se prolonger d'une certaine façon dans la France des régions et unifier un mouvement culturel national jusque là partagé entre Paris et Province, tandis que les Académies de province se rapprochent entre elles et avec l'Institut, pour leur plus grand bien, mieux armées pour l'étude des difficultés et problèmes communs, en formant une association morale propice à une heureuse coexistence, voire à des travaux communs, et génératrice d'un prestige accru auprès des autorités et du public de leur zone d'influence. Les décisions de principe étant acquises, il ne restait plus qu'à les officialiser...
Cela demanda quelque temps, pour aboutir enfin à l'association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901 : "la Conférence nationale des Académies de Sciences, Lettres et Arts", dotée de la personnalité morale, figurant au Journal Officiel du 19 juillet 1995.