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Histoire du jeune AKADEMOS :
Hélas, il ne s'agit pas d'une réplique de l'histoire du jeune Anarcharsis, mais seulement de rappeler en quelques lignes la prime jeunesse du très jeune Akadémos, ce bulletin en forme de revue qui nous parvient de temps en temps, aujourd'hui irrégulièrement, mais qui continue à vivre.
Il faut se replacer dans l'euphorie de ce jour mémorable où les représentants de 23 académies pluridisciplinaires réputées les plus anciennes, furent accueillis dans les superbes salles et salons de l'Institut, à l'ombre de la coupole. Ayant partagé les activités et même les repas de nos grands confrères, appartenant aux cinq académies (les "classes" selon le premier statut, au lendemain de la Révolution), ayant apprécié la confraternité dans ce qu'elle avait de plus flatteur, et constaté, découverte rassurante, que l'esprit académique de nos "académiciens rustiques" n'était pas tellement différent de celui des maîtres parisiens, nous nagions dans une sorte de bonheur... académique, petits cousins de province, réconfortés, choyés et reconnus. En outre, nous avions eu le temps de faire réciproquement connaissance d'apprendre l'essentiel de ce qu'il fallait savoir sur chacune des "surs" et d'établir des liens chaleureux avec leurs représentants. Après la dernière séance, il fallut bien se séparer : et Monsieur Albert Brunois de prononcer cette phrase qu'il aimait bien : "voici l'instant de sortir les mouchoirs !", avant de nous saluer en une sorte de bénédiction assortie d'un vu : nous retrouver !
Dans le brouhaha d'une vaste antichambre, transformée en salle des pas perdus, des groupes s'étaient formés, se dissociant et se reformant ailleurs, comme dans une sorte de cocktail... spirituel où l'on prenait non pas le dernier verre mais le dernier contact. Et par une sorte de grâce d'état, un consensus informel s'établissait sur la base d'une affirmation : il faut prolonger ces journées, il faut rassembler, il faut nous réunir.
Le hasard sans doute voulu que, avec l'aval de nos hôtes, je sois, volens nolens, chargé de traduire dans les faits ces velléités et de coordonner l'ensemble de ce groupe en quête d'identité.
Et Akadémos ? Pour ainsi dire, il venait de naître, car comment relier 23 académies éparpillées dans l'Hexagone sinon par des appels téléphoniques, du courrier et, plus symboliquement, plus efficacement surtout, par un bulletin périodique ?
Dès le retour à Lyon et dans ma résidence spiripontaine, je fis en sorte, avec joie et ténacité, d'être digne de la confiance qu'on m'avait témoignée. En novembre 1989, parut le "Bulletin de liaison n°00", dactylographié sur mon Hermès portable avec beaucoup de mal et non sans repentirs, deux feuilles présentées avec un semblant de mise en page, selon une ébauche de maquette improvisée, publication moins luxueuse qui avait pour seul mérite d'exister : il y était surtout question de la "correstion de l'orthographe", projet entériné par l'Académie française. Le n°0 parut en novembre 1990 ; le n°1 en décembre 1991 était consacré à la récente réunion plénière en province, à Lyon, autour des délégués de l'Institut, des représentants des 23 compagnies qui s'étaient retrouvées à Paris deux ans plus tôt.
"L'action qui marche droit vers le but clair" devait conduire le rédacteur en chef (qui n'avait ni subordonné ni employé) à employer à la fois le papier, la frappe et le tirage, atteignant le chiffre d'une centaine d'exemplaires. L'achat d'une photocopieuse personnelle s'avéra vite indispensable. A partir de là, commença une valse-hésitation concernant autant le nombre de pages, 4, 8, 12 que le format, A4, puis A5 permettent de donner au bulletin l'allure d'un petit livret. La photocopieuse normale fut échangée contre une photocopieuse professionnelle (d'occasion) permettant des tirages sur papier jusqu'au format A3, et dans tous les cas, avec une plus grande aisance et plus de rapidité.
Tout cela se passait au domicile de coordinateur-rédacteur qui ne manqua pas de s'intéresser très vite à l'informatique, se dotant d'un ordinateur proposé dans un grand hypermarché et de logiciels simples mais performant comme works. La lecture d'essais, de biographies et de romans fut remplacée par celle de manuels plutôt mal rédigés et, surtout abscons, mais aussi de dictionnaires des signes typographiques et d'un mémento intitulé "Mise en page et typographie". Les images sortant mal en photocopie sur les appareils d'alors, des tentatives de "tramage" furent faites sur place sans grand succès et pas tellement mieux chez un spécialiste.
Avec le numéro 3 d'octobre 1992, fut franchi un grand pas : un ami éditeur, Christian Lacour, membre correspondant de l'Académie de Nîmes (puis de Lyon) avait accepté de reproduire en offset à plus de 1000 exemplaires la maquette qu'on lui soumettrait, le nombre de pages pouvant aller jusqu'à 32 dans le format A5 ; il se chargeait en outre d'acheminer vers les adresses académiques le nombre d'exemplaires qu'on lui indiquerait, soit au total 1200 exemplaires.
Le contenu de ces pages, organisé en une sorte de gazette n'avait rien de très original : un éditorial, parfois sous une signature célèbre (Etienne Wolf, devenu attentif à notre vie, Louis Leprince-Ringuet, qui suivait de très près nos efforts quelques articles de fond, généralement brefs, orientés vers notre démarche, nos objectifs, nos espoirs, des nouvelles de notre rassemblement encore informel, nos contacts avec l'Institut de France (et des échos de sa vie, en prime), les programmes et les projets de nos compagnies et souvent quelques compte-rendus de séances importantes ici et là ; un Carnet complétait ce survol : deuils, élections, nominations, distinctions diverses. L'ensemble était assez cohérent, fonctionnel, très ciblé comme disent les spécialistes, mais sans grand intérêt en dehors de notre cercle. L'essentiel était d'établir un lien permanent, paraissant avec régularité (trois fois l'an, au début de chaque trimestre académique) pour établir des échanges fréquents et approfondies avec et entre les académies. Dorénavant chaque membre d'une académie faisant partie du groupe reçoit personnellement un exemplaire de la publication.
Plusieurs numéros de ce bulletin sont sortis régulièrement, n°5 janvier 1991 - 8 pages -, n°6 avril 1993, 16 pages, n°7 octobre 1993, 16 pages, n°8 janvier 1994, 24 pages quand Monsieur le Bâtonnier Brunois, observateur vigilant et bien placé, estima que le moment était venu de passer à un stade supérieur, celui d'une revue. Le pas fut franchi avec le n°11, janvier 1995, 32 pages, en transposant le contenu du bulletin sur un papier plus luxueux, en ajoutant quelques illustrations, notamment clichés photographiques et en créant une première de couverture qui se voulait superbe. Il ne manquait qu'un nom : tout naturellement, marqués que nous étions par le culte académique, ce fut celui d'Akadémos, inventeur malgré lui d'un mot et d'un mouvement qui devait largement le dépasser.
Ainsi furent publiés les numéros 12, avril 1995, 28 pages et 13 octobre 1995, 36 pages. Il fallut changer l'apparence de notre première page, devenant "première couverture". Le rédacteur en chef élabora une maquette où Akadémos était évoqué dans un montage photographique par un éphèbe statufié se détachant sur fond de temple grec dans une campagne... arcadienne.
Cette sorte d'Apollon suscita une réflexion d'un confrère alors membre du bureau qui considérant l'état de nudité du personnage et l'affichage consécutif de ses attributs me glissa : "vous ne pensez pas que l'on pourrait croire que vous...". Un éclat de rire salua sa conclusion et le rassura.
Toutefois, le problème n'était pas réglé au fond : un peu plus tard, lors d'un dîner chez un autre confrère parisien encore plus éminent que le premier, on pouvait admirer, à côté de quelques revues éparses sur sa table, le dernier numéro d'Akadémos : la couverture avait été retravaillée. Et Apollon-Akadémos avait été vêtu, au stylo à bille, d'un superbe slip bleu...
Fort heureusement, survint alors un changement majeur : quittant la présidence de la conférence après deux ans de fonction (et six ans coordination), le directeur d'Akadémos souhaita, pour faciliter la transition vers un nouveau régime, que la revue fut confiée à un confrère qualifié. L'Académie de Stanislas, en charge dorénavant de la Conférence sous la présidence de Monsieur Alain Larcan, proposa Monsieur Jean-Marie Bonnet, ancien directeur des presses universitaires de Nancy, professeur de lettres et éditeur (éditions Messène). Le nouveau directeur s'entoura d'un comité de personnalités nancéiennes et fit la preuve de son efficacité en publiant dès avril 1996, le premier numéro (32 pages) de cette nouvelle série. Apollon-Akadémos ne figurait plus sur la page de couverture : il y était remplacé par un montage où apparaissait, stylisé, le palais de l'Institut. Le contenu était digne de la présentation : documents, articles, compte-rendu du Bicentenaire de l'Institut et du Congrès annuel de la conférence, le tout avec une mise en page professionnelle, illustrée de dessins, de photographies, bref une petite merveille : Akadémos avait encore progressé. La facture aussi. Les responsables de la conférence tenant compte du budget disponible, acceptèrent de réduire à deux les parutions annuelles. En contrepartie, le numéro 15 (qui suivit la réunion de Nancy, et en partie consacré à elle était un modèle du genre, s'évadant du particularisme académique pour traiter de "La Lorraine la France et l'Europe" avec les signatures de Messieurs Alain Larcan, Michel Parisse et René Taveneaux, qui fut proposé au public au prix de 60 F, les "bénéfices" devant être reversés à l'Académie. Du beau travail, sérieux et magnifiquement présenté qui contribua à donner à la conférence d'une belle image de marque.
Par la suite (1997), Monsieur Jean-Marie Bonnet et son équipe eurent, semble-t-il, beaucoup de difficultés à obtenir, de chaque académie, de quoi alimenter les rubriques spécifiques encore conservées ; le numéro 16, devenu éthique et moribond (12 pages sans grand intérêt, la moitié consacrée à l'annuaire des Bureaux) en apporta la démonstration, régression spectaculaire dont on se serait bien passé. De quoi éprouver quelques mouvements d'humeur ! Par la suite, tandis que la présidence s'installait à Versailles, Akadémos subit en outre les aléas dus au changement de secrétariat et ne parut plus à un rythme satisfaisant. Le numéro 17, février 1998, confirma le déclin malgré ses 36 pages : à côté d'un compte-rendu sur trois pages de nos travaux à la Fondation Singer-Polignac le 10 octobre 1997, l'essentiel - 20 pages était constitué par celui de l'assemblée générale sous la forme d'un verbatim apparemment intégral, donc verbeux et cursif, qui aurait mérité une version révisée et plus condensée ; et après un tableau de deux pages fournissant la liste exhaustive des participants aux séances et... inscrits aux repas, 6 pages d'intérêt très divers, dont deux seulement consacrées aux académies membres (représentées par Clermont-Ferrand, Nîmes et Versailles). Une fois encore, l'ancien responsable en fut marri ! Et aussi le malheureux directeur dAkademos lui-même, qui n'en pouvait mais...
En 2000, à l'initiative de Monsieur le Président Mavaut, une nouvelle action en faveur d'Akadémos a été engagée. Monsieur Jean-Marie Bonnet très occupé fit savoir qu'il était prêt à céder son poste de directeur. Nos confrères de Lyon, déjà attributaires des archives de la conférence, étaient désireux de prendre sa suite, le Président Louis David faisant acte de volontariat pour diriger la revue. Toutefois, Madame Lecomte, secrétaire général de la conférence pendant la présidence de Versailles, avait déjà le rôle de rédacteur en chef et préparé le numéro suivant, comportant le compte-rendu du congrès de la Rochelle (octobre 2000). Aussi, lors de la réunion du bureau de la conférence en février 2001, fut-il décidé, sans préjuger de l'avenir, de lui laisser la responsabilité d'Akadémos en lui apportant le soutien d'un comité éditorial composé de l'ancien président, Monsieur Patrice Bonnefous, le futur président, Monsieur Michel Woronoff, Monsieur Louis David de Lyon, Monsieur Georges Bergoin de Marseille et de Monsieur Edmond Reboul, fondateur et premier responsable de la revue.
On peut espérer qu'un avenir désormais serein est promis à Akadémos. Monsieur Alain Plantey, délégué de l'Institut et Président d'Honneur de la Conférence, s'appuyant sur une grande expérience, souhaite que la revue accueille des articles de fond retenus parmi ceux proposés par nos académies surs et surtout, une diffusion plus large. Il lui paraît possible - ce que le trésorier ne refusera pas - d'obtenir des publicités d'organismes importants et cela sans dommage pour notre réputation, bien au contraire.
La citation du site "Interacademies" peut favoriser la diffusion et le renom d'Akadémos : les deux supports sont complémentaires et non concurrents. Pour une bonne gestion et une meilleure efficacité, administration du site et direction d'Akadémos devraient être réunies sous la même houlette.
Ce que nos confrères délégués des compagnies décideront peut-être dans leur grande sagesse, un jour prochain.
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Edmond Reboul |
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